Au cœur du département du Var, le bassin de Solliès est le théâtre d’une culture d’exception, celle d’un fruit emblématique au goût inimitable : la figue de Solliès. Ce trésor agricole, reconnaissable à sa robe violette et à sa chair juteuse, est bien plus qu’une simple production locale. Il est le seul de son espèce en France à arborer fièrement le prestigieux label AOP, une reconnaissance qui consacre un terroir unique et un savoir-faire ancestral. L’histoire de ce fruit est intimement liée à celle de son village, Solliès-Pont, devenu la capitale incontestée de ce que l’on nomme aussi la « perle noire ».
Table des matières
Origine et histoire de la figue de Solliès
Un héritage agricole ancestral
La culture du figuier, Ficus carica, remonte à des millénaires dans le bassin méditerranéen. Cet arbre, symbole d’abondance et de générosité, a trouvé dans le Var des conditions idéales pour prospérer. La vallée du Gapeau, avec ses sols riches et son ensoleillement généreux, s’est révélée être un écrin parfait. Si la présence du figuier est ancienne dans la région, la spécialisation autour de la variété spécifique qui fait aujourd’hui la renommée de Solliès est plus récente et résulte d’une véritable reconversion agricole.
De la cerise à la figue
Avant de devenir la capitale de la figue, la région de Solliès était réputée pour une autre culture : celle de la cerise. Cependant, au fil des décennies, les agriculteurs locaux ont progressivement abandonné les cerisiers au profit des figuiers. Ce changement stratégique a permis de se concentrer sur une production à plus forte valeur ajoutée et moins concurrencée. La variété « Bourjassotte noire », particulièrement bien adaptée au terroir, a été privilégiée pour ses qualités gustatives et sa bonne tenue, jetant les bases de la future AOP.
La consécration par l’AOP
Le tournant majeur pour la figue de Solliès survient en 2006, avec l’obtention de l’Appellation d’Origine Protégée (AOP). Ce label européen vient couronner des années d’efforts de la part des producteurs pour faire reconnaître la spécificité de leur fruit. L’AOP garantit non seulement l’origine géographique de la production, strictement délimitée à quelques communes autour de Solliès-Pont, mais aussi le respect d’un cahier des charges très précis, de la culture à la récolte. Cette reconnaissance a offert une protection contre les imitations et a considérablement renforcé la notoriété de la « perle noire » sur les marchés nationaux et internationaux.
Cette distinction officielle repose sur des caractéristiques uniques, tant visuelles que gustatives, qui distinguent la figue de Solliès de toutes les autres variétés.
Les spécificités de la variété AOP
Un portrait-robot de la « Bourjassotte noire »
La figue de Solliès AOP est issue de la seule variété Bourjassotte noire. Elle se reconnaît à sa forme de goutte d’eau, légèrement aplatie. Sa peau est d’une couleur caractéristique, un violet profond presque noir, et se révèle particulièrement fine. À la découpe, elle dévoile une pulpe dense et charnue, d’un rouge ambré, parsemée de nombreux petits grains qui lui confèrent une texture fondante. C’est un fruit qui séduit d’abord par son esthétique avant de conquérir le palais.
Un terroir d’exception
Les qualités organoleptiques de la figue de Solliès sont le fruit d’une alchimie parfaite entre plusieurs éléments. Le microclimat de la vallée du Gapeau joue un rôle prépondérant : il protège les vergers des vents violents tout en assurant un ensoleillement optimal. Les sols, profonds et bien drainés, permettent au figuier de puiser les nutriments nécessaires à son développement. L’irrigation est maîtrisée avec précision pour éviter de « gorger » le fruit d’eau, ce qui concentre ses sucres et ses arômes. C’est cette combinaison unique qui lui confère son goût si particulier.
Des qualités gustatives reconnues
En bouche, la figue de Solliès est une explosion de saveurs. Elle est réputée pour son goût intensément sucré, mais équilibré, avec des notes de fruits rouges et de melon. Sa texture est à la fois fondante et juteuse, sans aucune âpreté. Contrairement à d’autres variétés, elle n’est jamais pâteuse. Ces caractéristiques en font un fruit très apprécié des gastronomes et des grands chefs, qui l’intègrent dans de nombreuses préparations pour sa finesse et la richesse de ses arômes.
De telles qualités ne pourraient être atteintes sans des méthodes de production qui respectent le fruit et son environnement.
Les méthodes de culture traditionnelles
Le respect du cycle naturel
La culture de la figue de Solliès AOP s’inscrit dans une démarche d’agriculture raisonnée. Les producteurs suivent un cahier des charges strict qui privilégie les méthodes respectueuses de l’environnement. La taille des arbres, pratiquée en hiver, est essentielle pour assurer une bonne aération des branches et une exposition homogène des fruits au soleil. L’utilisation d’intrants est limitée au strict nécessaire, favorisant ainsi la biodiversité au sein des vergers.
Une récolte manuelle et délicate
La récolte, qui s’étend de la mi-août à la fin octobre, est l’un des moments les plus cruciaux. La figue est un fruit extrêmement fragile qui ne mûrit plus une fois cueillie. Elle doit donc être récoltée à sa maturité optimale. Cette opération ne peut être mécanisée et s’effectue entièrement à la main. Les cueilleurs passent plusieurs fois par semaine dans les vergers pour sélectionner délicatement chaque fruit, un par un. Les figues sont ensuite déposées avec soin dans des plateaux pour éviter qu’elles ne s’abîment durant le transport.
Le savoir-faire des figuiculteurs
Derrière chaque figue de Solliès se cache le savoir-faire d’un producteur passionné. Ce métier, souvent transmis de génération en génération, exige une connaissance intime de l’arbre, de ses besoins et de son rythme. Savoir quand tailler, quand irriguer et, surtout, quand cueillir le fruit au jour près relève d’une expertise acquise au fil des années. C’est cette main de l’homme, attentive et patiente, qui est le véritable garant de la qualité exceptionnelle de la production.
Ce savoir-faire est concentré dans un périmètre géographique restreint, avec pour épicentre le village qui a donné son nom au fruit.
Le village de Solliès-Pont, berceau de la figue
Un paysage façonné par les vergers
Solliès-Pont est indissociable de sa figue. Le village et les communes avoisinantes, comme Solliès-Toucas, La Farlède ou encore Cuers, composent l’aire géographique de l’AOP. En se promenant dans cette région, le regard est immanquablement attiré par les vastes étendues de vergers de figuiers, dont les feuilles larges et découpées créent des paysages verdoyants et ombragés. L’arbre est omniprésent et rythme la vie locale, des travaux d’hiver à l’effervescence de la récolte estivale.
La Fête de la Figue : un événement incontournable
Chaque année, à la fin du mois d’août, Solliès-Pont célèbre son fruit emblématique lors de la Fête de la Figue. Cet événement festif et populaire attire des milliers de visiteurs. C’est l’occasion pour les producteurs de vendre leur récolte en direct, de faire déguster leurs produits et de partager leur passion. Le programme est riche et varié :
- Marché des producteurs avec vente de figues fraîches et de produits transformés.
- Démonstrations culinaires par des chefs locaux.
- Concours de la meilleure confiture de figues.
- Animations musicales et folkloriques.
- Chapitres d’intronisation de la confrérie de la figue.
Cette fête est une vitrine exceptionnelle pour la filière et ancre un peu plus la figue dans l’identité culturelle du territoire.
Cette forte identité culturelle se double d’un poids économique non négligeable pour toute la région.
L’impact économique et touristique de la production
Un moteur pour l’économie locale
La filière de la figue de Solliès est un pilier de l’économie agricole varoise. Avec environ 75 % de la production nationale, elle représente un secteur structurant qui génère de nombreux emplois directs et indirects, de la production à la commercialisation en passant par la transformation. La coopérative locale joue un rôle central dans la collecte, le conditionnement et la mise sur le marché d’une grande partie des volumes.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Part de la production nationale | ~ 75 % |
| Volume annuel moyen | 2 500 tonnes |
| Nombre de producteurs | Environ 150 |
| Surface des vergers | Plus de 300 hectares |
L’agritourisme et la renommée du Var
La notoriété de la figue de Solliès dépasse largement les frontières du Var. L’AOP a transformé ce fruit en un véritable produit d’appel touristique. De nombreux visiteurs, amateurs de gastronomie, viennent dans la région spécialement pour découvrir les vergers, rencontrer les producteurs et déguster le fruit sur son lieu de production. Cet agritourisme contribue à l’activité des commerces locaux, des restaurants et des hébergements, renforçant l’image d’un Var authentique et gourmand.
Pour profiter pleinement de ce joyau du terroir, il convient de savoir comment le déguster et l’apprêter.
Dégustation et recettes autour de la figue de Solliès
Comment la choisir et la conserver ?
Pour choisir une figue de Solliès, fiez-vous à vos sens. Elle doit être souple au toucher, mais pas molle. Sa peau doit être lisse et sans meurtrissure. Une petite gouttelette perlant à la base du fruit (l’œil) est souvent un signe de maturité parfaite. La figue est un fruit délicat qui se conserve mal. L’idéal est de la consommer le jour même de l’achat. Si nécessaire, elle peut se garder deux à trois jours dans le bac à légumes du réfrigérateur, de préférence dans une boîte hermétique pour la protéger des odeurs.
La figue fraîche, un délice simple
La meilleure façon d’apprécier la figue de Solliès est sans doute la plus simple : nature, fraîchement cueillie. Sa saveur sucrée et complexe se suffit à elle-même. Elle constitue un dessert sain et savoureux. Elle se marie également à merveille avec le salé. Une association classique et toujours réussie est celle de la figue fraîche avec du jambon cru, du fromage de chèvre ou de brebis, ou encore un morceau de foie gras poêlé.
Idées de recettes sucrées et salées
La polyvalence de la figue de Solliès en fait un ingrédient de choix pour de nombreuses recettes. Sa bonne tenue à la cuisson permet de l’intégrer dans des plats variés. Voici quelques pistes pour la cuisiner :
- En version sucrée : tartes fines, clafoutis, rôtie au four avec du miel et du romarin, ou transformée en confiture et en chutney.
- En version salée : en accompagnement de viandes comme le canard ou le porc, dans des salades composées avec des noix et du fromage bleu, ou encore en garniture sur une pizza.
De nombreux ouvrages de cuisine lui sont consacrés, proposant des recettes traditionnelles ou plus innovantes pour la sublimer.
La figue de Solliès est bien plus qu’un fruit. Elle incarne l’identité d’un territoire, le succès d’une filière agricole qui a su miser sur la qualité et l’authenticité. Protégée par son AOP, façonnée par un savoir-faire traditionnel et célébrée par toute une communauté, cette perle noire du Var continue de séduire les palais et de porter haut les couleurs de la gastronomie provençale.






