Le secret des « menhirs de la plaine des Maures », des vestiges préhistoriques dans un paysage de savane 

Le secret des « menhirs de la plaine des Maures », des vestiges préhistoriques dans un paysage de savane 

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Au cœur du Var, un paysage inattendu se déploie, évoquant les lointaines savanes africaines. La plaine des Maures, avec ses pins parasols et ses chênes-lièges épars, cache en son sein des secrets millénaires. Dressées vers le ciel comme des sentinelles silencieuses, des pierres monumentales témoignent d’une occupation humaine remontant à la nuit des temps. Ces menhirs, vestiges d’un passé préhistorique, ancrent l’histoire de l’homme dans un écosystème d’une richesse et d’une fragilité exceptionnelles, offrant une expérience de découverte à la croisée de l’archéologie et des sciences naturelles.

Les menhirs de la plaine des Maures : vestiges d’un passé préhistorique

Un patrimoine mégalithique méconnu

Souvent éclipsés par leurs célèbres cousins bretons, les mégalithes de la plaine des Maures n’en sont pas moins impressionnants. Le site le plus remarquable est sans doute celui du plateau de Lambert, près de Collobrières. Ici, plusieurs menhirs, dont certains dépassent les trois mètres de hauteur, se dressent fièrement. Datés du Néolithique, entre 5000 et 7000 ans avant notre ère, ils représentent certains des plus anciens témoignages de la présence humaine sédentaire dans la région. Leur taille et leur agencement suggèrent une organisation sociale complexe et une maîtrise technique avancée pour l’époque, nécessitant la mobilisation d’une communauté entière pour leur extraction, leur transport et leur érection.

La signification des pierres levées

Le mystère entourant la fonction de ces menhirs reste entier, bien que plusieurs hypothèses soient avancées par les archéologues. Il ne s’agit pas de simples bornes, mais bien de marqueurs symboliques puissants. Leurs fonctions étaient probablement multiples et complémentaires :

  • Cultuelles et rituelles : des lieux de rassemblement pour des cérémonies liées aux cycles de la vie et des saisons.
  • Funéraires : marquant des sépultures ou des territoires sacrés dédiés aux ancêtres.
  • Astronomiques : certains alignements pourraient correspondre à des levers ou couchers de soleil lors des solstices ou des équinoxes, servant de calendrier agraire primitif.

Ces pierres sont donc les pages d’un livre d’histoire dont nous ne possédons plus toutes les clés de lecture, mais dont la majesté continue de nous interpeller.

Le dolmen de Gaoutabry, un autre témoin du Néolithique

Non loin des menhirs, sur la commune de La Londe-les-Maures, le dolmen de Gaoutabry complète ce panorama préhistorique. Il s’agit d’une sépulture collective, composée de grandes dalles de pierre formant une chambre funéraire. Les fouilles ont révélé des ossements et des offrandes, confirmant sa vocation de tombeau. La présence conjointe de menhirs et de dolmens dans le massif des Maures atteste d’une occupation durable et structurée du territoire par les peuples du Néolithique, qui ont profondément marqué le paysage de leur empreinte spirituelle et symbolique.

Ces monuments de pierre ne sont pas des objets posés au hasard ; ils ont été érigés dans un environnement bien particulier, dont les caractéristiques uniques ont sans doute influencé les croyances et le mode de vie de leurs bâtisseurs.

L’écosystème unique de la plaine des Maures

Une « savane » en Provence

L’appellation de « savane » peut surprendre en plein cœur de la Provence. Pourtant, la physionomie de la plaine des Maures justifie cette comparaison. Le paysage est caractérisé par de vastes étendues ouvertes où alternent des pelouses sèches et des affleurements de dalles de grès rose. Cette composition est ponctuée de bouquets d’arbres emblématiques comme le chêne-liège, avec son écorce tourmentée, et le pin parasol, dont la silhouette iconique se détache sur l’horizon. Cette structure végétale ouverte, rare en Méditerranée, est le fruit d’une combinaison de facteurs géologiques, climatiques et historiques.

Géologie et climat : les fondations d’un paysage singulier

La plaine des Maures constitue une entité géologique distincte du reste de la Provence calcaire. Son sous-sol est principalement composé de roches cristallines et de grès, créant des sols acides et peu profonds. Cette particularité édaphique empêche le développement d’une forêt dense et favorise des espèces végétales adaptées à ces conditions spartiates. Le microclimat local, avec des étés très secs et des pluies parfois torrentielles, a également joué un rôle majeur dans le façonnement de ce milieu. Le tableau ci-dessous met en lumière quelques différences clés avec la Provence calcaire voisine.

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Caractéristique Plaine des Maures Provence Calcaire
Type de roche Grès, roches cristallines Calcaire
Type de sol Acide, sableux Basique, argileux
Végétation dominante Chêne-liège, pin parasol, bruyères Chêne vert, pin d’Alep, garrigue
Drainage de l’eau Rapide en surface, mares temporaires Infiltration rapide en profondeur (karst)

Cette configuration géologique et climatique a permis l’émergence d’une biodiversité tout à fait remarquable, qui trouve dans ce paysage de savane un refuge idéal.

La faune et la flore exceptionnelles de la région

La tortue d’Hermann, un emblème en danger

Si un animal symbolise la plaine des Maures, c’est bien la tortue d’Hermann. Il s’agit de la dernière espèce de tortue terrestre de France métropolitaine, et ce territoire abrite sa plus importante population. Malheureusement, elle est aujourd’hui gravement menacée par la fragmentation de son habitat, les incendies et le ramassage illégal. La plaine, avec ses zones ensoleillées pour la ponte et ses sous-bois pour s’abriter, constitue son sanctuaire. Sa protection est un enjeu majeur qui a justifié le classement du site en Réserve Naturelle Nationale.

Une biodiversité remarquable

Au-delà de son reptile emblématique, la réserve abrite une faune et une flore d’un intérêt exceptionnel. C’est un haut lieu de la biodiversité en Europe, où cohabitent des espèces aux influences multiples. On y trouve notamment :

  • Des insectes rares comme la Rosalie des Alpes ou le Lucane cerf-volant.
  • Une avifaune riche avec le circaète Jean-le-Blanc, l’engoulevent d’Europe ou la fauvette pitchou.
  • Plusieurs espèces de chauves-souris, d’amphibiens et de reptiles.
  • Une flore adaptée aux sols acides, avec différentes espèces d’orchidées, le glaïeul d’Illyrie ou encore des plantes carnivores comme la droséra dans les zones humides.

Un paradis pour les observateurs

Pour les amateurs de nature, la plaine des Maures est un terrain d’exploration infini. L’observation des oiseaux, la photographie animalière ou la simple contemplation des paysages offrent des moments privilégiés. Équipé d’une bonne paire de jumelles et d’un guide naturaliste, le visiteur curieux pourra déceler les trésors cachés de cette nature préservée. C’est une invitation à ralentir et à se connecter à un environnement sauvage et authentique.

L’exploration de cette richesse naturelle peut se coupler à la découverte de sites mégalithiques plus spécifiques, qui offrent des buts de promenade à la fois culturels et ressourçants.

Les menhirs de Grimaud : une exploration incontournable

Les menhirs jumeaux de la Mère et du Père

Sur la commune de Grimaud, les menhirs du Pey de la Mère et du Pey de la Paire (parfois appelés la Mère et le Père) constituent un autre site mégalithique d’importance. Moins isolés que ceux de Collobrières, ils sont facilement accessibles et permettent une approche plus familiale du patrimoine préhistorique local. Ces deux monolithes, bien que plus modestes en taille, dégagent une atmosphère particulière. La légende locale leur prête des pouvoirs de fertilité, un récit populaire qui, bien que non vérifiable, témoigne de l’ancrage profond de ces pierres dans l’imaginaire collectif au fil des siècles.

Un accès facile pour toute la famille

Contrairement aux longues randonnées nécessaires pour atteindre certains sites, les menhirs de Grimaud sont situés à proximité d’un sentier de découverte. Une courte marche à travers le maquis permet de les rejoindre. Cette facilité d’accès en fait une destination idéale pour initier les plus jeunes à l’archéologie et à l’histoire de leur région, en combinant une balade agréable avec une leçon d’histoire à ciel ouvert. Le parcours est bien balisé et ne présente aucune difficulté technique.

La popularité croissante de ces sites, qu’ils soient faciles d’accès ou plus reculés, soulève inévitablement la question de leur pérennité face aux défis contemporains.

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Conservation et enjeux écologiques des menhirs

La double fragilité du patrimoine

Les menhirs et leur environnement sont confrontés à une double fragilité. D’une part, les pierres elles-mêmes, bien que robustes, subissent l’érosion naturelle et sont vulnérables aux dégradations humaines (graffitis, chocs). D’autre part, l’écosystème de savane qui les entoure est extrêmement sensible. Le piétinement excessif, la prolifération d’espèces invasives ou la modification du régime des eaux peuvent altérer cet équilibre précaire de manière irréversible. La préservation des menhirs est donc indissociable de la protection de leur écrin naturel.

Les menaces : pression touristique et risques d’incendie

La principale menace qui pèse sur l’ensemble du massif des Maures est le risque d’incendie. Les étés secs et ventés transforment la végétation en un combustible idéal, et un seul départ de feu peut anéantir des siècles d’équilibre écologique et endommager les sites archéologiques par choc thermique. La pression touristique, si elle n’est pas canalisée, peut également causer des dommages importants par l’érosion des sentiers et le dérangement de la faune. La gestion des flux de visiteurs est un défi constant pour les gestionnaires du site.

Les actions de préservation

Face à ces enjeux, des mesures de protection strictes sont en place. Le classement en Réserve Naturelle Nationale permet de réguler les activités humaines. Des actions concrètes sont menées :

  • Le débroussaillage préventif pour limiter la propagation des incendies.
  • La surveillance et la sensibilisation du public par des gardes-nature.
  • Le balisage de sentiers pour canaliser les randonneurs et protéger les milieux les plus fragiles.
  • Des programmes de suivi scientifique des espèces emblématiques comme la tortue d’Hermann.

Respecter ces règles est la contribution de chaque visiteur à la sauvegarde de ce patrimoine unique. Pour découvrir ce territoire en profondeur tout en le respectant, la randonnée pédestre reste le meilleur moyen.

Les meilleures randonnées pour découvrir la plaine des Maures

Le circuit des menhirs de Lambert depuis Collobrières

Pour les randonneurs aguerris, le parcours menant aux menhirs du plateau de Lambert est un incontournable. Il s’agit d’une boucle d’environ 15 kilomètres, pour une durée de 4 à 5 heures de marche, qui suit en partie le célèbre sentier de grande randonnée GR90. Le sentier offre des panoramas spectaculaires sur la plaine et le massif. De bonnes chaussures de randonnée, une carte et une réserve d’eau suffisante sont indispensables pour cette aventure au cœur de la Provence sauvage.

Des boucles plus courtes pour les familles

La plaine des Maures n’est pas réservée qu’aux sportifs. Plusieurs sentiers d’interprétation et boucles de courte durée ont été aménagés pour permettre à tous de profiter du site. Le sentier des « Balcons des Maures » ou les abords de la Chartreuse de la Verne offrent des promenades plus accessibles, idéales pour une sortie en famille. Ces itinéraires permettent de s’imprégner de l’ambiance si particulière des lieux sans nécessiter un effort physique intense. Un petit sac à dos pour le goûter et l’eau suffit pour ces excursions.

Conseils pratiques pour le randonneur

Quelle que soit la randonnée choisie, quelques règles de bon sens s’imposent pour garantir une expérience agréable et sécurisée, tout en préservant le site :

  • Consulter la météo : ne jamais partir par risque d’orage ou de fortes chaleurs.
  • Vérifier l’accès au massif : en été, l’accès peut être interdit en raison du risque d’incendie. Renseignez-vous auprès des autorités locales.
  • Rester sur les sentiers balisés : pour éviter de se perdre et de dégrader la flore et les habitats de la faune.
  • Emporter de l’eau en quantité suffisante : il n’y a pas de point d’eau sur la plupart des parcours.
  • Ne laisser aucune trace : remportez tous vos déchets avec vous.

La plaine des Maures est un territoire qui se mérite et dont la beauté se révèle à ceux qui prennent le temps de l’observer avec respect.

La plaine des Maures offre bien plus qu’une simple promenade en nature. C’est un voyage à travers le temps, où les menhirs millénaires dialoguent avec un paysage de savane unique en Europe. De la majesté silencieuse des vestiges néolithiques à la richesse d’une biodiversité exceptionnelle incarnée par la tortue d’Hermann, ce territoire est un conservatoire du patrimoine naturel et culturel. Le découvrir, c’est comprendre l’interaction profonde entre l’homme et son environnement, et mesurer l’importance vitale de préserver ces trésors fragiles pour l’avenir.

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