Au large des côtes varoises, par quarante mètres de fond, repose une légende silencieuse. Il ne s’agit pas d’un trésor antique ou d’une formation géologique, mais d’un sous-marin qui a marqué l’histoire de France. Sabordé volontairement par la Marine nationale pour servir de récif artificiel, le Rubis est aujourd’hui considéré comme le site de plongée sur épave le plus emblématique du pays. Chaque bulle d’air qui remonte vers la surface semble raconter une partie de son épopée, de ses faits d’armes durant la Seconde Guerre mondiale à sa nouvelle vie de sanctuaire pour la faune méditerranéenne. Plonger sur le Rubis, c’est s’immerger dans un chapitre majeur de l’histoire maritime française.
Table des matières
L’histoire fascinante du sous-marin Le Rubis
Un mouilleur de mines au service de la France Libre
Lancé en 1931 à Toulon, le Rubis appartient à la classe Saphir, une série de six sous-marins mouilleurs de mines. Sa carrière militaire prend une dimension héroïque dès le début de la Seconde Guerre mondiale. Alors que la France capitule en juin 1940, l’équipage du Rubis, alors en Écosse, fait le choix courageux de rejoindre les Forces navales françaises libres du général de Gaulle. Il devient alors un acteur clé de la guerre sous-marine, menant à bien 22 missions de mouillage de mines sur les côtes norvégiennes et françaises. Ses actions audacieuses ont causé la perte de nombreux navires ennemis, lui valant une réputation redoutable et la prestigieuse Croix de la Libération, une distinction rarissime pour un bâtiment de guerre.
Du sabordage de Toulon à une fin honorable
Le 27 novembre 1942, alors que la flotte française reçoit l’ordre de se saborder dans la rade de Toulon pour ne pas tomber aux mains des Allemands, le Rubis est loin, en mission. Il échappe ainsi au destin tragique de dizaines d’autres navires. Après la guerre, ce héros des mers est jugé trop ancien pour les nouvelles doctrines de combat. Désarmé en 1949, il sert un temps de navire-école pour les sous-mariniers. Plutôt que de le laisser finir à la ferraille, la Marine nationale décide de lui offrir une fin digne de son passé. Le 31 janvier 1958, il est coulé volontairement au large du Cap Camarat, dans le but d’étudier les effets d’une explosion sous-marine et de servir de cible d’entraînement. Le destin en a décidé autrement, transformant sa tombe militaire en berceau de vie.
Ce passé glorieux et cette fin programmée confèrent à l’épave une aura particulière, dont les caractéristiques physiques attirent aujourd’hui les plongeurs du monde entier.
Les caractéristiques de l’épave
Une structure remarquablement conservée
Le Rubis repose droit sur sa quille, sur un fond de sable propre à une profondeur de 41 mètres. Son état de conservation est tout simplement exceptionnel. Malgré les décennies passées sous l’eau, sa silhouette de 66 mètres de long est parfaitement reconnaissable. On distingue nettement le massif, le kiosque, les barres de plongée avant et arrière, ainsi que le canon de pont. Les puits de mines, d’où étaient largués les engins explosifs, sont encore visibles sur les flancs, témoins silencieux de son passé guerrier. Plusieurs ouvertures permettent d’apercevoir l’intérieur sans y pénétrer, offrant des vues sur les coursives et les vestiges de la salle des machines.
Un récif artificiel foisonnant de vie
La structure métallique du sous-marin est devenue un récif artificiel de premier ordre, colonisé par une biodiversité marine spectaculaire. Les tôles sont entièrement recouvertes de gorgones colorées, principalement des gorgones rouges et jaunes, qui créent un décor féerique. L’épave est le refuge permanent d’une faune abondante. On y croise systématiquement :
- Des bancs de castagnoles et d’anthias qui dansent autour du kiosque.
- De gros mérous sédentaires qui ont élu domicile dans les anfractuosités de la coque.
- Des murènes et des congres curieux qui sortent la tête des ouvertures.
- Des bancs de barracudas qui patrouillent en pleine eau au-dessus de l’épave.
Cette richesse biologique transforme chaque exploration en un spectacle vivant et imprévisible.
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Profondeur minimale | 35 mètres (sommet du kiosque) |
| Profondeur maximale | 41 mètres (fond sableux) |
| Longueur de l’épave | 66 mètres |
| Position | Droit sur sa quille |
| Localisation | Au large de Cap Camarat et de Cavalaire-sur-Mer |
Cette combinaison unique entre une histoire poignante et un écosystème vibrant explique pourquoi ce site est devenu une référence absolue dans le milieu de la plongée.
Pourquoi le Rubis est un incontournable pour les plongeurs
Une plongée dans l’histoire
Explorer le Rubis, c’est bien plus qu’une simple visite d’épave. C’est une immersion émotionnelle dans un passé glorieux. Nager le long de sa coque, c’est imaginer l’équipage à son poste, bravant les dangers pour la liberté. Chaque détail, du périscope aux tubes lance-torpilles, raconte une histoire. Pour les plongeurs passionnés d’histoire, c’est une occasion rare de se connecter physiquement à un monument des Forces navales françaises libres. L’intégrité de l’épave renforce ce sentiment, donnant l’impression que le sous-marin est simplement en patrouille silencieuse dans les profondeurs.
Un sanctuaire pour la photographie sous-marine
Pour les photographes et vidéastes sous-marins, le Rubis est un terrain de jeu exceptionnel. La visibilité est souvent très bonne, dépassant parfois les 30 mètres. Les contrastes entre la coque sombre du sous-marin, les couleurs vives des gorgones et le bleu profond de la Méditerranée offrent des compositions graphiques saisissantes. La faune, habituée à la présence des plongeurs, se laisse approcher facilement. Capturer l’œil d’un mérou posé sur le pont ou un banc de barracudas tournoyant au-dessus du kiosque sont des clichés emblématiques que de nombreux photographes viennent chercher ici.
Face à un tel engouement, il convient de bien préparer sa visite pour profiter pleinement de l’expérience en toute sécurité.
Comment plonger sur l’épave du Rubis
Niveau et prérequis techniques
La plongée sur le Rubis n’est pas accessible aux débutants. En raison de sa profondeur, située dans la zone des 40 mètres, elle est réservée aux plongeurs certifiés. Il est impératif de détenir au minimum un niveau 2 de la FFESSM, un Advanced Open Water Diver avec la spécialité plongée profonde, ou une certification équivalente. Une bonne maîtrise de sa flottabilité, de sa consommation d’air et des procédures de décompression est essentielle. De plus, le site peut être exposé à des courants parfois forts, ce qui exige une certaine expérience de la plongée en mer.
Déroulement type d’une plongée
La plupart des centres de plongée organisent la sortie de la même manière. L’immersion se fait le long d’une ligne de mouillage fixée sur l’épave, ce qui facilite la descente et la remontée en toute sécurité. Une fois sur le site, le temps de fond est limité par la profondeur, généralement autour de 15 à 20 minutes. Le parcours classique consiste à faire le tour complet du sous-marin, en commençant par la poupe ou la proue, puis en explorant le massif et le kiosque. La remontée s’effectue ensuite le long du mouillage, avec des paliers de décompression obligatoires pour garantir la sécurité des plongeurs.
La réussite de cette plongée mémorable dépend aussi grandement des conditions rencontrées, d’où l’importance de bien choisir sa période.
Les meilleures périodes pour plonger au Rubis
Le pic de la saison estivale
Les mois de juillet et août représentent la haute saison pour la plongée sur le Rubis. La température de l’eau est à son maximum, souvent autour de 24 à 26°C en surface, ce qui rend l’expérience plus confortable. C’est aussi à cette période que la vie marine est la plus active et la plus dense. Les bancs de poissons sont plus compacts et les grands prédateurs comme les dentis ou les barracudas sont omniprésents. L’inconvénient majeur est la fréquentation, tant sur l’eau que sous l’eau, avec plusieurs bateaux de plongée souvent présents sur le site en même temps.
Les ailes de saison pour plus de tranquillité
Pour ceux qui préfèrent des conditions plus calmes, les mois de juin, septembre et octobre sont idéaux. La fréquentation touristique diminue considérablement, offrant une expérience plus intime de l’épave. La visibilité reste généralement excellente et la température de l’eau, bien que plus fraîche, demeure agréable. La faune est toujours bien présente, même si les grands rassemblements estivaux peuvent être moins fréquents. C’est le compromis parfait entre des conditions météorologiques favorables et une plus grande sérénité.
Quelle que soit la période choisie, l’aventure commence par la sélection d’une structure professionnelle pour vous y emmener.
Les clubs de plongée à proximité du Rubis
Les principaux ports de départ
L’épave du Rubis est accessible depuis plusieurs ports de la côte varoise, ce qui offre une grande flexibilité aux plongeurs. Les départs se font principalement depuis :
- Cavalaire-sur-Mer : C’est le port le plus proche du site, ce qui permet des temps de navigation très courts.
- Le Lavandou : Un peu plus à l’ouest, de nombreux clubs réputés y proposent des sorties régulières vers le Rubis.
- Ramatuelle et Saint-Tropez : Ces ports prestigieux offrent également un accès au site, souvent dans le cadre de sorties à la journée.
Chaque port possède plusieurs centres de plongée professionnels qui connaissent parfaitement le site et ses spécificités.
Conseils pour choisir son centre
Le choix du club de plongée est un élément clé pour une expérience réussie. Il est recommandé de privilégier les structures qui mettent l’accent sur la sécurité et le respect de l’environnement. Assurez-vous que le centre dispose d’un matériel bien entretenu, d’oxygène à bord et que les guides de palanquée sont expérimentés et connaissent bien l’épave. Un bon briefing avant la plongée, détaillant l’histoire du site, le plan de plongée et les consignes de sécurité, est un gage de professionnalisme. N’hésitez pas à poser des questions sur la taille des groupes et la gestion des paliers de décompression.
Le Rubis est bien plus qu’une simple carcasse d’acier gisant au fond de l’eau. C’est un monument historique, un écosystème vibrant et une expérience de plongée inoubliable. Son passé héroïque, son état de conservation exceptionnel et la richesse de la vie qu’il abrite en font à juste titre l’un des joyaux de la plongée en Méditerranée. Pour tout plongeur certifié, l’exploration de cette épave mythique constitue une étape incontournable, un dialogue silencieux entre l’homme, l’histoire et la mer.






