Confidences du plus Varois des Suisses, Ueli Dietrich

Ueli Dietrich, artiste peintre à Cavalaire

Ueli a bord du Tuiga. avec Eric TabarlyUeli Dietrich, de nationalité suisse vit depuis plus de 25 années dans le Var. Il est pris d’un véritable coup de foudre lorsque à 50 ans, en pleine réussite professionnelle, il quitte tout pour venir s’installer ici sur les collines de Cavalaire. Un parcours incroyable, puisque qu’il dirige à l’époque, une très belle affaire familiale de carrosserie à Bâle en Suisse qui employait plus de 60 personnes, puis devient le deuxième agent Honda. Les fastes, la démesure, et l’opulence tropézienne, mais aussi les couchers de soleil à Gigaro qui n’en finissent pas de s’étaler à l’infini sur la Méditerranée l’ont définitivement convaincu que le bonheur c’est ici chez nous, lui, Ueli, à la discrétion et la modération helvétique.

soleil couchant sur la baie de CavalaireIl est aujourd’hui artiste peintre et coule des jours heureux en compagnie de Manuella sa compagne dans leur très jolie maison de pêcheur, digne de figurer dans les plus beaux magazines d’art et de décoration.

Cahier du Tourisme Varois : Le Var… Qu’est ce que cela évoque pour vous ?

Ueli Dietrich : « Si le Var n’existait pas, il faudrait l’inventer ».

C’est un avis très personnel. Rarement, dans une région, la météo, la beauté de la nature, la gastronomie, le bon vin et l’art de vivre sont réunis dans un seul et même département. Il y a 25 années, je devais faire un choix de vie entre la Toscane qui était beaucoup moins propre et le Var et j’ai choisis le Var, et plus précisément Cavalaire.

Le port de SAINT TROPEZ

CTV : Comment avez vous découvert le Var la première fois ?

UD : j’ai découvert le Var il y a 25 années, à Saint-Tropez. Ce fut le point de départ. J’avais un ami suisse qui m’avait invité chez lui, il avait un appartement, en plein cœur de Saint-Tropez, avec une terrasse immense, dans le quartier de la Bouillabaisse. C’était un homme complètement fou, qui aimait la belle vie, les bonnes tables, les belles soirées mondaines. Il m’avait prêté sa Dacia pour circuler dans Saint-Tropez. Pour moi Suisse, avec des racines terriennes, pour le coup, là, je volais littéralement !!! Je voyais des Yachts et des voiliers sublimes ; Saint-Tropez, c’était l’expression même de la richesse. Pourtant, en Suisse, il y a énormément de richesse, mais elle n’est pas exposée ainsi comme à Saint-Tropez.
Après cela, je suis revenu dans le Var, chez des amis à Cavalaire qui avaient une villa extraordinaire, magnifique, qui descendait jusqu’à la mer, à coté du Bed and Breakfast Les 3 Îles, et là, à nouveau, coup de foudre. J’avais 50 ans, à cette époque, et je dirigeais une très belle affaire en Suisse. J’ai dit à ma femme : « Que dirais tu si j’arrêtais de travailler et si nous achetions une maison ici, dans le Var ? » Elle m’a répondu que j’étais complètement fou. Je lui ai simplement dit : Laisse moi faire… j’ai arrêté de travailler et j’ai acheté une maison ici à Cavalaire. Et je ne l’ai jamais regretté. Je n’ai pas eu à chercher longtemps, l’agent immobilier que j’avais contacté m’avais dit : tenez, j’ai une enveloppe là, dans ma main, ça vient de rentrer aujourd’hui… C’était la fameuse maison que nous avions achetée !

CTV : Il vous est arrivé une très belle aventure en arrivant à Saint -Tropez ? Pourriez vous nous la raconter ?

la Nioulargue avec Eric Tabarly et Ueli DietrichUD : Oui en effet, un ami à moi avait le plus beau voilier de course au monde à l’époque. Il s’appelait le TUIGA, en Swahili, cela signifie Girafe. C’était un homme richissime, qui avait fait fortune en Suisse, en inventant les capsules de Coca-Cola, les conditionnements de tubes de moutarde. Il avait acheté une société de construction de voiliers anciens de vieux gréements, uniquement dans le but de restaurer ce voilier qui a été racheté et appartient aujourd’hui au Yacht Club de Monaco, dont le Président est SAS Le Prince Albert de Monaco. Cet ami avait une collection incroyable de Ferrari à Gstaad.
Sa femme, une amie d’école de ma femme avait arrangé une journée à bord du Tuiga spécialement pour moi, à l’occasion d’une course célèbre qui s’appelait à l’époque La Nioulargue, rebaptisée aujourd’hui les « Voiles de Saint-Tropez » Lorsque je suis monté sur ce voilier extra ordinaire de beauté, il se trouvait un homme qui s’est présenté à moi et m’a serré la main très simplement en me disant : « Moi c’est Éric », je lui ai répondu : « Moi c’est Ueli » C’était en fait Éric Tabarly, le grand navigateur.

Les voiles de Saint Tropez photo YCMJ’étais impressionné. Lui aussi était invité sur ce voilier de course tout fraîchement rénové. Il considérait Tuiga comme l’un des plus beaux yachts du monde, Eric était une star, un dieu, il était pourtant d’une telle simplicité, un homme très modeste, un pêcheur presque. Olivier de Kersauson qui a été son élève raconte l’anecdote suivante : Tabarly usait ses savons jusqu’à la fin. Cela l’avait choqué.
Quelques mois après cette rencontre à la Nioulargue, Éric Tabarly disparaissait à tout jamais, de façon tragique.

CTV : Pour vous, le Var c’est ?

UD : Pour moi, le Var, c’est un lieu pour VIVRE ; il ne faut pas attendre d’être vieux pour venir y vivre. Il faut venir y vivre quand on est encore jeune, pour profiter et jouir de tout ce que le Var vous offre ; Je déteste les gens qui viennent ici comme ces vieux anglais qui viennent pour y mourir.

CTV : Quels sont vos endroits de prédilections dans le Var ?

UD : je suis un fana de Saint-Tropez c’est certain. Il faut aller à Saint-Tropez autant que possible, il faut l’aimer mais pas trop. J’aime les ruelles, la place des Lices, le port avec ses bateaux dont on ne peut même pas imaginer le prix. J’ai pourtant eu des véhicules de luxe en Suisse, mais les bateaux de Saint-Tropez, c’est dans une toute autre catégorie.

Krokodil - Ueli Dietrich
Sinon, j’aime beaucoup aller déjeuner au club 55 à Saint-Tropez, chez Patrice de Colmont. S’il y a bien quelqu’un que j’adore c’est bien lui et son célèbre restaurant, c’est une institution. Il a su rester humble. Il vous salue et vous reçois comme si vous étiez le Roi de Suède. Il se souvient de mon nom depuis 20 ans. Il a un restaurant comme on n’en trouve nulle part ailleurs. On dit toujours, ce n’est pas bon marché, mais ce n’est pas cher non plus. J’y vais de temps en temps pour que cela reste un grand plaisir.
J’aime aussi beaucoup aller déjeuner chez Bruno à Lorgues, on sent que l’homme qui dirige aux fourneaux est exceptionnel. Lorsque nous y sommes venus pour la première fois, il nous a véritablement accueilli. On sent la force d’un chef. Il faut aller chez Bruno à  Lorgues.
En dehors des restaurants, j’aime aller dans la nature, regarder les couchers de soleil à Gigaro : C’est là, à Gigaro, en été que l’on peut voir le dernier rayon de soleil, on peut voir le soleil se coucher très très longtemps. Si je m’éloigne de la Suisse, il me faut la mer il me faut voir la mer. Je ne vais pas beaucoup nager, mais voir l’horizon à l’infini avec la méditerranée. J’aime ça.

CTV : Pour vous le luxe c’est ?

UD : Vous voulez vraiment le savoir ? Le Luxe, c’est très simple, rien à voir avec l’argent. Le luxe c’est la liberté de faire ce qu’on aime ce qu’on a envie. C’est un peu être égoïste en fait.
Le seul chemin qui mène au bonheur c’est la liberté d’être.
Ma philosophie de vie c’est de pouvoir dire allongé sur mon dernier lit, en regardant passer le film de ma vie: » J’ai presque tout réussi ou bien fait, je peux mourir en paix, je n’ai pas de remords. » IL FAUT OSER BEAUCOUP J’AI TOUJOURS BEAUCOUP OSE.
C’est drôle, je n’ai pas peur de la mort, j’ai juste peur qu’un cataclysme naturel détruise et emporte tout ce que j’ai construit, ma maison et tous ceux que j’aime.

Peinture - Ueli Dietrich

CTV : Est-ce la Beauté qui sauvera le monde ?

UD : La beauté, c’est quelque chose de très relatif pour tout un chacun. Non ce n’est pas la beauté qui sauvera le monde. C’est la raison qui sauvera le monde. Pourquoi il y a-t-il des guerres : parce que les humains sont fous, il ne veulent plus se parler ; C’est seulement la raison qui peut arrêter cela.

CTV : Un mot sur votre peinture, un mot sur la peinture en général ?

UD : J’ai commencé à peindre à 50 ans lorsque j’ai arrêté mon activité professionnelle. Il y a un peintre qui m’a beaucoup impressionné c’est un peintre américain qui s’appelle Robert Rauschenberg, un peintre abstrait. Il y a un peintre que j’admire aussi et que j’aime beaucoup c’est le peintre de Bormes-les-Mimosas Patrick Maury, il a fait de très bonnes choses.
J’ai vu un grand peintre à la télévision, hier soir, qui disait : quand je commence à peindre, je ne sais jamais quand ça commence je ne sais jamais quand ça finit : Je pense que c’est fini quand il n’y a plus rien à faire, il ne faut jamais corriger. Un point c’est fini. Ce peintre s’appelle Gerhard RICHTER
Voilà Je viens de vous raconter la moitié de ma vie, il en reste presqu’autant.

Site web : www.dietrichkunst.ch

Propos recueillis par Nadège MOHA